DPE 2026 : le changement de calcul a peut-être amélioré votre étiquette.

DPE : le changement de janvier 2026 a peut-être déjà amélioré votre étiquette
Il y a une réforme du DPE qui est passée presque inaperçue, et qui a pourtant fait gagner une lettre à des dizaines de milliers de logements sans qu’aucun clou n’ait été planté.
Depuis le 1er janvier 2026, l’électricité n’est plus comptée de la même façon dans le calcul. Le coefficient de conversion en énergie primaire est passé de 2,3 à 1,9. L’arrêté a été publié au Journal officiel le 26 août 2025, après une annonce du Premier ministre en juillet.
En clair : un kilowattheure d’électricité consommé chez vous compte désormais 17 % de moins dans le calcul de votre étiquette. Le ministère de la Transition écologique a été explicite sur un point : aucun logement ne verra son étiquette baisser du fait de ce changement.
Reste à savoir ce que ça change pour vous, et surtout ce qu’il faut faire pour en profiter. Parce que ce n’est pas automatique, et c’est le piège.
D’où vient ce coefficient, et pourquoi il a bougé
Le DPE ne mesure pas ce que vous consommez au compteur. Il mesure de l’énergie primaire, c’est-à-dire l’énergie qu’il a fallu mobiliser en amont pour vous livrer un kilowattheure chez vous.
Pour le gaz ou le fioul, le rapport est de 1 : un kilowattheure livré, un kilowattheure comptabilisé. Pour l’électricité, il fallait jusqu’ici compter 2,3 kilowattheures primaires par kilowattheure consommé, pour tenir compte des pertes de production et de transport.
Ce chiffre de 2,3 datait d’une époque où le mix électrique français était différent. Il pénalisait mécaniquement tout logement chauffé à l’électricité, y compris ceux équipés de pompes à chaleur qui consomment pourtant très peu. Un logement pouvait afficher une consommation réelle modeste et se retrouver classé E ou F simplement parce que son énergie était multipliée par 2,3.
Le passage à 1,9 corrige cet écart.
Ce que ça donne en chiffres
Le calcul est une simple règle de trois. Votre consommation affichée en énergie primaire est multipliée par 1,9 / 2,3, soit 0,826.
| Étiquette affichée avant 2026 | Après recalcul avec 1,9 |
|---|---|
| 420 kWhEP/m²/an | 347 |
| 380 | 314 |
| 340 | 281 |
| 300 | 248 |
| 260 | 215 |
| 220 | 182 |
| 180 | 149 |
Selon votre point de départ, ça peut ne rien changer, ou vous faire franchir une frontière de classe. Les logements les plus proches d’un seuil sont ceux qui basculent.
Une précision qui compte : ce recalcul ne s’applique qu’à la part électrique de votre consommation. Le tableau ci-dessus vaut pour un logement tout électrique. Si vous chauffez au gaz avec un ballon d’eau chaude électrique, seule la part eau chaude est concernée, et le gain sur l’étiquette globale sera modeste.
Qui en profite, et qui n’y gagne rien
Les gagnants, ce sont tous les équipements qui fonctionnent à l’électricité :
- les pompes à chaleur, air/air comme air/eau
- les convecteurs électriques et les planchers chauffants électriques
- les chauffe-eau thermodynamiques
Pour le gaz, le fioul et la biomasse, rien ne change. Leur coefficient était déjà de 1, il le reste.
C’est un renversement de logique par rapport à la décennie précédente. Un logement chauffé au gaz et un logement chauffé par pompe à chaleur pouvaient auparavant afficher des étiquettes proches malgré des consommations réelles très différentes. Cet écart de traitement se réduit.
Le piège : votre DPE actuel n’est pas recalculé
C’est le point que la plupart des propriétaires ratent, et il coûte cher.
Un DPE réalisé avant le 1er janvier 2026 reste valable, mais il conserve son étiquette d’origine, calculée avec l’ancien coefficient. Personne ne va le mettre à jour pour vous. Il n’y a pas de recalcul automatique, pas de courrier, pas de nouvelle version qui apparaît dans un espace en ligne.
Si vous voulez bénéficier de la nouvelle méthode, il faut faire refaire le diagnostic. Comptez entre 100 et 250 € selon la surface et la région.
Est-ce que ça vaut le coup ? Ça dépend de ce que vous en faites.
Si vous vendez ou mettez en location dans les mois qui viennent, oui, presque toujours. Une lettre gagnée sur une annonce immobilière change la perception de l’acheteur, et pour une location elle peut faire la différence entre un logement louable et un logement bloqué.
Si vous n’avez aucun projet, non. Attendez d’en avoir besoin.
Si vous êtes classé F ou G et que vous êtes proche d’un seuil, faites le calcul rapidement. J’y reviens plus bas, parce qu’il y a une échéance.
Le double critère, et pourquoi ça bloque parfois
Une chose que beaucoup découvrent en recevant leur diagnostic : le DPE ne repose pas sur un seul chiffre, mais sur deux.
Il y a l’étiquette énergie, en kilowattheures d’énergie primaire par mètre carré et par an. Et il y a l’étiquette climat, en kilos de CO₂ par mètre carré et par an. La classe retenue est la plus mauvaise des deux.
Ça explique pourquoi certains logements bien isolés au gaz plafonnent : leur consommation est correcte, mais leurs émissions les tirent vers le bas. Et ça explique pourquoi le changement de coefficient profite surtout aux logements électriques : leur étiquette climat est déjà bonne, puisque l’électricité française émet peu. Chez eux, c’est le critère énergie qui bloquait, et c’est justement celui qui vient d’être assoupli.
Corollaire pratique : si votre logement est chauffé au gaz, améliorer l’isolation ne suffira pas à le sortir des mauvaises classes. Il faudra toucher à l’énergie elle-même.
Les cinq postes du DPE, et celui qu’on oublie
Le calcul agrège cinq usages : le chauffage, l’eau chaude sanitaire, le refroidissement, l’éclairage et les auxiliaires comme la ventilation ou les circulateurs.
Le chauffage pèse le plus, souvent 60 % du total et davantage dans une passoire. C’est pour ça que toutes les conversations sur le DPE tournent autour de l’isolation et du système de chauffage.
Mais il y a une conséquence arithmétique que peu de gens tirent : plus vous isolez, plus le poids relatif de l’eau chaude augmente. Dans une maison mal isolée, l’eau chaude se noie dans la masse. Dans une maison qui vient de passer en C, elle devient un des postes visibles.
Le calcul retient une consommation conventionnelle de 56 litres d’eau chaude par jour et par personne, indépendamment de vos habitudes réelles. Vous ne pouvez donc pas améliorer votre DPE en prenant des douches plus courtes. Ce qui compte, c’est l’appareil qui produit cette eau chaude et son rendement.
Un chauffe-eau thermodynamique consomme environ un tiers de ce que consomme un ballon électrique classique, selon l’ADEME. Sur une mesure instrumentée publiée sur douze mois, un modèle de 270 litres a consommé 595 kWh sur l’année contre 2 303 kWh pour la résistance électrique qu’il remplaçait. Et depuis janvier, ces kilowattheures sont comptés avec le coefficient 1,9.
C’est la combinaison des deux effets qui rend ce poste intéressant en 2026, alors qu’il était marginal auparavant.
Quels travaux paient le plus, maintenant
L’ordre de priorité classique reste valable : l’isolation d’abord, parce qu’elle réduit le poste le plus lourd et qu’elle bénéficie ensuite à tous les autres. Combles, puis murs, puis menuiseries.
Ce qui a changé, c’est la suite.
Avant, remplacer une chaudière gaz par une pompe à chaleur faisait gagner sur le climat mais pas tant que ça sur l’énergie, à cause du coefficient 2,3. Aujourd’hui le gain se cumule sur les deux critères. Pour un logement bloqué par son étiquette climat, c’est le levier le plus efficace qui existe.
Et pour un logement déjà tout électrique, correctement isolé, qui stagne à la frontière entre deux classes, l’eau chaude devient un candidat sérieux. Ce n’était pas le cas il y a deux ans.
Une réserve honnête sur le chauffe-eau thermodynamique, parce qu’on ne le dit pas assez : il lui faut un local d’au moins 20 m³, non chauffé mais isolé du reste de la maison. Si le mur mitoyen avec le séjour n’est pas isolé, l’air froid rejeté par l’appareil refroidit la pièce d’à côté et le chauffage compense. Vous avez déplacé la dépense. Et au-delà de 50 décibels la gêne devient réelle, donc jamais contre une cloison de chambre. Allez mesurer le local avant de demander un devis, pas après.
L’échéance qu’il ne faut pas rater
Voilà pourquoi la question du DPE devient urgente pour certains.
À partir du 1er janvier 2027, les maisons individuelles classées F ou G perdront l’accès au parcours MaPrimeRénov’ par geste. Cette échéance figure déjà sur la fiche officielle du dispositif, elle ne dépend d’aucun texte en attente.
Traduction : si votre maison est classée F ou G aujourd’hui avec un DPE d’avant 2026, et que le nouveau coefficient suffirait à la faire passer en E, faire refaire le diagnostic maintenant peut vous rendre éligible à des aides que vous perdrez sinon dans quelques mois. Sur un chantier de rénovation, l’écart se compte en milliers d’euros, pour un diagnostic à 200 €.
L’inverse est vrai aussi. Si vous êtes en F ou G et que le recalcul ne suffit pas, il vaut mieux engager les travaux avant l’échéance que de la découvrir en janvier.
Pour la partie eau chaude, si c’est le levier que vous retenez, Chauffe-Eau Thermodynamique France recense les installateurs certifiés RGE par département et suit l’évolution des aides, qui changent également au 1er septembre 2026.
Ce que je ferais, dans l’ordre
Sortez votre DPE et regardez sa date. S’il est antérieur au 1er janvier 2026, il a été calculé avec l’ancien coefficient.
Faites la multiplication. Prenez la consommation en kWhEP/m²/an et multipliez par 0,826. Si votre logement est tout électrique, c’est votre nouvelle valeur approximative. Comparez-la aux seuils de classe.
Décidez si ça vaut un nouveau diagnostic. Si vous gagnez une lettre et que vous avez un projet de vente, de location ou de travaux subventionnés, oui. Si vous ne gagnez rien ou que vous n’avez aucun projet, gardez vos 200 €.
Si vous êtes en F ou G, traitez le sujet cette année. L’échéance de janvier 2027 sur MaPrimeRénov’ est ferme, et un dossier de rénovation ne se monte pas en trois semaines.
Un mot pour finir. Ce changement de coefficient est une correction de méthode, pas une amélioration de votre logement. Votre facture ne baissera pas d’un centime parce que l’étiquette a changé de lettre. Ce qui change, c’est l’accès aux aides, la valeur perçue à la revente et la possibilité de louer. C’est déjà beaucoup, mais autant savoir ce qu’on achète.
Michael Beauclercq suit l’évolution des aides à la rénovation énergétique et le marché de l’eau chaude sanitaire. Il est responsable éditorial de Chauffe-Eau Thermodynamique France.
Sources
- Ministère de la Transition écologique, communiqué sur l’évolution du calcul du DPE au 1er janvier 2026, arrêté publié au Journal officiel le 26 août 2025
- Arrêté du 31 mars 2021 relatif au diagnostic de performance énergétique, méthode 3CL
- service-public.gouv.fr, MaPrimeRénov’ parcours par geste, fiche mise à jour le 19 juin 2026 : échéance du 1er janvier 2027 pour les maisons classées F et G
- ADEME, rendements comparés des appareils de production d’eau chaude sanitaire
- Mesure instrumentée sur douze mois d’un chauffe-eau thermodynamique de 270 litres : 595 kWh contre 2 303 kWh pour la résistance remplacée